Le MNHN est menacé par l’usure du temps et l’insuffisance des moyens 

Sous-titre
Sauvons le Muséum
Tribune parue dans Le Monde le 24 juin

ICOM France relaie la tribune publiée dans Le Monde mercredi 24 juin.

« À l’aube de ses 400 ans, le Muséum national d’histoire naturelle est menacé par l’usure du temps et l’insuffisance des moyens »

Dans une tribune au « Monde », publié le 24 juin à 10h30,  un collectif de chercheurs et de personnalités publiques appelle le gouvernement à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer la pérennité du Muséum, refusant que « la France laisse se dégrader l’une des institutions scientifiques les plus prestigieuses de son histoire ».

Tribune

En décembre 2026, le Muséum national d’histoire naturelle célébrera ses 400 ans. Quatre cents ans de science, d’émerveillement, d’inventaires du vivant, de transmission des savoirs ; quatre cents ans de construction de l’une des plus grandes institutions scientifiques et culturelles de notre pays par des générations de professeurs, de jardiniers, de taxidermistes, de dessinateurs… Bien plus qu’un musée, le Muséum abrite la mémoire profonde du vivant dans des collections riches de près de 70 millions de spécimens, qui en font le troisième muséum du monde et un patrimoine national inestimable. Depuis quatre siècles, le Muséum documente les transformations de la planète, observe l’évolution des espèces et éclaire les grandes mutations environnementales.

Incarnation vivante de la continuité de notre histoire intellectuelle, il a survécu à la Révolution française, aux bouleversements du XIXᵉ siècle, à deux guerres mondiales, et ce sans jamais renoncer à sa mission, qui consiste à comprendre le monde vivant et la planète et à transmettre ce savoir à tous. Pourtant, aujourd’hui, cette institution exceptionnelle est gravement menacée. Non pas parce que les Françaises et les Français s’en détourneraient. Jamais le public n’a été aussi nombreux, avec près de 4 millions de visiteurs par an dans ses galeries, ses jardins et ses zoos. Des enfants y découvrent pour la première fois les dinosaures, les météorites, les merveilles de l’évolution. Des familles entières y construisent une culture et des souvenirs qui les accompagneront toute leur vie.

Ce n’est pas non plus parce que sa mission scientifique aurait perdu de son importance. À l’heure du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, jamais la société n’a eu autant besoin d’institutions capables de produire une connaissance rigoureuse qui s’inscrit dans le temps long. Le Muséum est aujourd’hui menacé par un mal plus silencieux et plus grave : l’usure du temps et l’insuffisance des moyens consacrés à l’immobilier et à la sauvegarde de ce patrimoine scientifique unique.

Point d’ancrage

La réalité est désormais visible aux yeux de tous. La galerie de paléontologie et d’anatomie comparée est fermée depuis peu, tout comme le sont, depuis des années, le bâtiment des reptiles de la ménagerie ou la majeure partie de la galerie de géologie et de minéralogie, pour des raisons de vétusté. Des collections inestimables souffrent de l’humidité, voire de la pluie et de températures inadaptées. Ce qui se joue ici dépasse la seule question immobilière. Car le Muséum n’est pas un équipement culturel parmi d’autres. Premier musée scientifique de  France, il est un point d’ancrage dans une époque traversée par le doute et touchée par la désinformation.

Il demeure un lieu où la méthode scientifique et l’exigence du savoir continuent de faire autorité. Le Muséum aide notre société à comprendre le vivant à l’heure où celui-ci est gravement en péril. Il éclaire les décideurs publics et transmet aux jeunes générations une certaine idée de la curiosité, de la raison et du rapport au monde. Il rappelle, enfin, que la science peut aussi susciter l’émerveillement. Qui n’a pas ressenti une forme de vertige en découvrant les grandes galeries du Muséum ? Qui n’a pas été saisi devant les squelettes immenses de la galerie de paléontologie ou les météorites de la minéralogie ? Ces émotions fondatrices façonnent les consciences autant que les savoirs.

Notre appel vise à préserver un bien commun national utile à tous. Nous refusons que la France laisse se dégrader l’une des institutions scientifiques les plus prestigieuses de son histoire, au moment même où les enjeux environnementaux exigent de partager davantage la science. Il faut sans délai que l’État investisse fortement et durablement, en mobilisant à ses côtés des mécènes, pour sauver le Muséum. Ce plan de sauvetage doit pouvoir être présenté lors des cérémonies du quadricentenaire, dans quelques mois. Ne laissons pas s’éteindre ce qui, depuis quatre siècles, éclaire notre regard sur le monde.