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Proposition de la nouvelle définition du "musée"

Analyse de la provenance des termes utilisés

Contribution d'ICOM France à l'analyse des termes de la proposition de nouvelle définition du musée

La nouvelle définition proposée par ICOM résulte à la fois du rapport rédigé par Jette Sandhal et le "Comité permanent pour la définition du musée, perspectives et potentiels" (MDPP) et des propositions reçues et publiées sur le site d'ICOM à la suite d'un appel à expression lancé par l'ICOM en début d'année.

ICOM France a analysé les 269 définitions mises en ligne par la communauté muséale mondiale.

L'image suivante, extraite d'une présentation faite par Emilie Girard au nom d'ICOM France à Kyoto le 5 septembre, dans le cadre d'une session de travail proposée par ICOFOM, donne la fréquence d'apparition des différents termes et expressions.

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Analyse des 269 définitions proposées sur le site web d’ICOM 

A la suite de la publication du rapport du MDPP, en début d’année 2019, ICOM a lancé une grande campagne de collectes de propositions de définition du musée. A la clôture de cette campagne fin juin 2019, on comptait 269 propositions, rédigées dans 25 langues (toutes traduites en anglais par les rédacteurs ou via Googletrad) et émanant de 69 pays.

ICOM France s’est prêté à une analyse de ces propositions et des termes employés, afin d’en dégager les grandes tendances et de vérifier si la définition proposée au vote à l’Assemblée générale extraordinaire de Kyoto le 7 septembre 2019 reflétait ou non la substance de ces propositions.

Notons en introduction que si les rédacteurs des 269 propositions devaient indiquer leur nationalité, les propositions elles-mêmes restent largement anonymes. L’appel a été largement ouvert et non-réservé aux seuls membres d’ICOM ou aux professionnels de musées, et les propositions peuvent donc émaner d’un public vaste et diversifié. Le chiffre de 269 s’avère donc finalement modeste, ne serait-ce qu’au vu de l’effectif des seuls membres d’ICOM (45 000). 

La méthode employée par ICOM France a été simple : repérer les différents termes ou idées phares (on a parfois compté ensemble un substantif et sa forme qualificative ou des termes de sens proches), issus de l’ancienne définition, ou récurrents dans les propositions nouvelles ou encore apparaissant dans la définition proposée au vote, et en dénombrer la fréquence pour refléter leur représentativité et essayer de faire poindre les tendances sensibles exprimées par les contributeurs. 

Par souci de clarté, les résultats sont regroupés et présentés sous des grandes thématiques générales, catégories qui ont d’ailleurs également été utilisées par ICOM Italie pour travailler sa proposition de définition et qui répond aux grandes questions de la nature des musées : qui, quoi, comment, pourquoi.

Données générales

On compte 273 participations au total pour 269 définitions puisque quelques propositions ont été rédigées conjointement par des contributeurs de plusieurs pays.

En ce qui concerne l’origine des contributions, on note que les propositions émanant de pays européens sont les plus fréquentes puisqu’elles représentent 43% des définitions proposées. Viennent ensuite les propositions américaines (34%, dont 8% en provenance des Etats-Unis et du Canada et 26% d’Amérique Latine). Les contributions des pays arabes représentent 9%, de l’Asie 6%, de l’Afrique 6% et du pacifique 2%. 

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Les principaux pays contributeurs sont le Brésil (23 propositions), suivi par l’Espagne (19), les Etats-Unis (16), le Mexique (14), l’Allemagne et le Royaume-Uni (13). La France et l’Iran ont proposé 11 définitions, la Colombie, l’Italie et le Portugal 9, la Grèce 8, le Canada 7, la Chine et le Japon 5.

Qui ?

En ce qui concerne la question de l’adresse des musées (à qui le musée s’adresse-t-il?), l’idée la plus fréquemment utilisée est celle de « public » ou de « visiteurs » : elle revient dans 36% des définitions. La notion de « société » apparait dans 31,6% des propositions. 17% mentionne les « peuples », 14% les « communautés ». Le terme de « démocratisation » n’apparaît que dans 5% des définitions proposées. 

On notera que seulement 8% des propositions mentionnent les professionnels de musée, avec des énoncés tels que « professionnels », « professionnellement », « équipe », « expertise », « conservateurs », « volontaires », « travailleurs », « collaborateurs » ou « chercheurs ». 

Quoi ?

Le terme “institution” apparait dans 47,6% des définitions proposées,  alors que le mot “lieu” n’est utilisé que dans 24% des propositions. La mention “sans but lucratif” (non-profit) est visible dans 23% des textes soumis.

Quant au contenu du musée, il est mentionné sous le terme de « patrimoine » dans 46% des propositions (avec dans 27% des définitions le double qualificatif de « matériel et immatériel ») et de « collections » dans 15% des textes. La question des « mémoires » est visible dans 14% des propositions. Le terme « artefacts » n’apparait quant à lui que dans 4,8% des définitions, et « spécimens » dans seulement 1,1% (soit 3 définitions).

Les missions du musée relatives à ce contenu se retrouvent dans la majorité des définitions : 51% des propositions mentionnent en effet les termes « préserver », « préservation », « conserver », « conservation », « restaurer », « protéger », « protection », « sauvegarder » ou « prendre soin ». La mission de « collecte » est quant à elle présente dans 12% des définitions. 35% des propositions font enfin référence à la mission de mise en exposition du patrimoine conservé. 

Comment ?

La question des moyens ou des modes d’action du musée est peut-être le sujet le moins présent dans les propositions : on retrouve mention des questions d’accessibilité dans 11,5% des textes, celle de l’ « inclusion » dans 9,3%, la notion de « dialogue » également dans 9,3% et 8,2% des propositions cite la « participation ».

La déontologie fait son apparition dans 6% des propositions et la « transparence » dans 5%.

Pourquoi ?

Les objectifs d’ “étude”, d’ “éducation” et de “délectation” issus de la définition actuelle se retrouvent respectivement dans 37%, 25% et 12% des propositions.

8,2% des définitions parlent d’une mission de « compréhension », 21% de « connaissance ». 

La notion de futur apparait dans 20% des définitions soumises (principalement au singulier, une seule définition utilisant la forme plurielle retenue par le projet de nouvelle définition), le passé est mentionné avec la même fréquence que le présent, soit dans 13,4% des textes. 

Analyse de la représentativité des termes choisis pour la nouvelle définition 

L’analyse du « wording » des 269 propositions étant faite, peut-on dire que le projet de nouvelle définition est représentatif des grandes tendances énoncées par les participants à cet appel ? 

Les chiffres entre parenthèses correspondent à la fréquence d’apparition des termes qui les précèdent dans les propositions : 

Les musées sont des lieux (23,8%) de démocratisation (5,2%) inclusifs (9,3%) et polyphoniques (0,4%), dédiés au dialogue critique (7,4%) sur les passés (au pluriel, 0,4% - au singulier, 13,4%) et les futurs (au pluriel, 0,4% - au singulier, 20%). Reconnaissant et abordant les conflits (0,4%) et les défis (3%) du présent (13,4%), ils sont les dépositaires d’artefacts (4,8%) et de spécimens (1,1%) pour la société (31,6%). Ils sauvegardent (6%) des mémoires (14,1%) pour les générations futures et garantissent l’égalité des droits (1,9%) et l’égalité d’accès (11,5%) au patrimoine (46%) pour tous les peuples (17,1%).

Les musées n’ont pas de but lucratif (23%). Ils sont participatifs (8,2%) et transparents (5,2%), et travaillent en collaboration active avec et pour diverses communautés (13,8%) afin de collecter (12,3%), préserver (26%), étudier (37,2%), interpréter (7,4%), exposer (34,9%), et améliorer les compréhensions (8,2%) du monde, dans le but de contribuer à la dignité humaine (1,9%) et à la justice sociale (0,7%), à l’égalité (4,5%) mondiale et au bien-être (0,4%) planétaire.

La nouvelle proposition laisse de côté des termes dont la fréquence n’est pas négligeable dans les 269 propositions comme par exemple « institution » (présent dans 47,6% des propositions) ou « public » (36%). 

En comparaison, si on se prête au même exercice avec la définition actuelle, on parvient à :

Un musée est une institution (47,6%) permanente (16,3%) sans but lucratif (23%) au service de la société (31,6%) et de son développement, ouverte au public (36%), qui acquiert (5,6%), conserve (32,7%), étudie (37,2%), expose (35%) et transmet (7%) le patrimoine (46%) matériel et immatériel (27%) de l’humanité et de son environnement à des fins d’études (37,2%), d’éducation (25%) et de délectation (12%). 

Emilie Girard,
Vice-présidente d'ICOM France