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Lettre de novembre 2020

Édito par Juliette Raoul-Duval, présidente
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Chers membres d’ICOM France, chers collègues,

Aujourd’hui, les musées sont à nouveau fermés aux visiteurs pour plusieurs semaines et leurs professionnels ont repris pour la plupart d’entre eux le rythme du travail à distance.

Ces décisions étaient inéluctables, mais le choc est rude. Pour beaucoup, cette interruption intervient juste après l’inauguration d’expositions préparées au prix d’une inventivité remarquable. Après des mois d’intenses efforts pour conserver le lien avec vos publics, notamment via les sites et les réseaux sociaux, préserver l’intégrité des collections et rouvrir dans des conditions sanitaires si exigeantes, il faut à nouveau déployer une intense énergie créatrice.

Comme lors du premier confinement, ICOM France est mobilisée à vos côtés et le sera à l’heure de la seconde réouverture, pour vous permettre d’échanger et transmettre vos expériences. Entre mai et septembre, vous vous étiez retrouvés tous les quinze jours sur la plateforme numérique que nous avons ouverte pour vous, 1245 d’entre vous s’étaient joints à l’une ou plusieurs des dix séances et 1995 membres ont ouvert la chaine youtube pour voir ou réécouter les témoignages : nous sommes en train d’en tirer la synthèse et la partagerons très vite avec vous sur ce site. 

Dès la re-fermeture des musées, nous avons immédiatement décidé de vous inviter à nouveau à vous exprimer. Le 5 novembre, vous avez été 255 à vous connecter, à relayer le lien sur vos réseaux et, dès le lendemain, à visionner le débat sur youtube. L’urgence de se parler et de s’écouter est là. Sans hésiter, sur le vif, 17 responsables de musées, le SMF, les associations professionnelles sollicitées - la Fems et l’AGCCPF - se sont rendu disponibles pour nous accompagner …vers une nouvelle vague de résilience !». Ce moment d’échange était un réconfort. Mais il a donné la mesure de l’ampleur du désarroi des équipes face à l’incertitude, tant sur la programmation que sur les budgets. Quels que soient les soutiens réels dont, en France, on dispose, se préparer sans échéances est déstabilisant.

Cette séance inopinée a ouvert le second cycle de rencontres virtuelles d’ICOM France, que nous vous annoncions dès septembre. Le thème générique : « Solidarités : de quoi parle-t-on ? », se déclinera sur 10 séances, de décembre 2020 à septembre 2021, le programme et le calendrier détaillés seront en ligne dans quelques jours. Parce que la crise sanitaire bouleverse tous les musées du monde, nous inviterons à chaque séance des collègues d’autres pays, membres de l’ICOM : confronté à la même épreuve, chacun répond à sa manière mais les réponses des uns enrichissent les autres et l’énergie de tous est communicative. Ces séances se tiendront dans les 3 langues officielles de l’ICOM pour être accessibles à tous. La force de notre organisation est d’être un immense réseau, solide, fort, diversifié et vous savez l’attachement d’ICOM France à sauvegarder son unité. Nous aurons à cœur de rechercher s’il le faut des pistes de solidarité, ce mot prend tout son sens face à une crise. Remercions ICOM International d’avoir prévu un budget spécifique pour soutenir des actions de solidarité, nous y prenons ainsi notre part.

Faire face à l’urgence ne doit pas mettre à distance la réflexion prospective, si vive au sein d’ICOM France, sur les missions des musées, leur place dans la culture, la place de la culture dans la reconstruction.  

Nos débats de déontologie, en partenariat avec l’INP, sont plus que jamais nécessaire et vous en proposerons trois dans les six mois à venir. 

  • Dès le 26 novembre : « De quoi musée est-il le nom ? » avec des interventions de Nathalie Bondil, Bruno Brulon-Soares, Luc Eekhout, Ariane James-Sarazin, Emmanuel Kasarhérou, Charles Personnaz et Yannick Lintz. Un panel remarquable, remercions ici tous les orateurs de leur mobilisation autour de cette question qui, bien sûr, vient prolonger et enrichir le débat sur la « nouvelle définition des musées ». On s’en souvient, il a tant divisé l’ICOM, mais l’heure - on l’espère - est à la responsabilité et à la recherche du lien entre les points de vue. C’est pourquoi là encore, ICOM France a convié des membres d’autres comités nationaux et internationaux. Suivez-nous et participez au débat de 18 h à 21 h.
  • le 3 février, nous débattrons des liens entre recherche et musées. Recherche sur les musées, recherche dans les musées, recherche pour les musées : qui fait quoi, qui dit quoi ? quelle place les chercheurs ont-ils dans les musées, quelle influence au sein de l’ICOM ?
  • le  7 avril : Ingénierie culturelle : l’intelligence des musées est-elle à vendre ?

Plateforme de solidarité entre membres et débats de fonds entre professionnels sont nos activités d’ores et déjà programmées. Mais le monde des musées est aussi au cœur de sujets brûlants, qui surgissent de l’actualité sociale et politique et nous devons vous en informer, nous y associer.

C’est le cas du débat parlementaire et de la loi ad hoc visant à la restitution au Bénin et au Sénégal de 26 objets de issus de prises de guerre. Nous avons été auditionnés par le Sénat et l’Assemblée Nationale et avons pu prendre appui sur notre publication « Restituer, les musées parlent aux musées – février 2019 ». Sans aucun doute, ces actes ont abondamment nourri, en termes pesés, ceux de la représentation nationale.  Mais l’actualité oblige à remettre l’ouvrage sur le métier : dans la foulée du vote, sans préavis ni texte de loi, on apprend le « retour » vers Madagascar d'un élément du dais de la reine Ranavalona III et le projet d’un conseil national de réflexion sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens... Nous tiendrons à nouveau une rencontre sur ces sujets en début d’année, pour compléter les réflexions de février 2019 et réaffirmer la place essentielle des professionnels et de la loi à cet égard.  

Sujet brûlant aussi, tout au long de l’été, celui de la « décolonisation des musées », les actes de « déboulonnage » d’œuvres et monuments et le retentissement au sein des musées du mouvement « Black Lives Matter ». Ces sujets sont au cœur de l’actualité d’ICOM à l’international. Merci à notre administrateur André Delpuech, pour son article paru dans Science et Avenir le 18 juin 2020. Actualité brûlante toujours, quand la « diplomatie culturelle » s’invite dans la gestion des musées. Nous laissons, ci-contre, la parole à notre collègue Bertrand Guillet, qui a reporté à 2024 une exposition sur l’histoire de Gengis Khan.

Être à l’écoute de tous et de tous les débats concernant les musées, sur la scène nationale comme internationale, est le rôle d’une organisation non gouvernementale comme la nôtre. Et comme membres d’ICOM France, nombre d’entre vous attendent que nous soyons vigilants et restituions notre travail de veille.

A ICOM France, vous le savez, nous sommes résolument dans la perspective d’être au service de nos membres. Pendant le confinement, en dépit d’une situation de télétravail complexe à organiser – comme pour tous nos membres - nous avons œuvré avec détermination pour assurer la continuité sans faille de la vie de l’association.

Nous avons tenu le 25 septembre notre réunion professionnelle annuelle et l’Assemblée générale statutaire. Nous vous attendions à Strasbourg et c’est encore sur une plateforme que nous nous sommes finalement retrouvés… mais la rencontre a bien eu lieu et elle fut riche : 300 connexions et des contributions remarquables, que vous pouvez retrouver sur notre chaine Youtube. La publication est en cours, elle sera disponible avant la fin de l’année. La visite du futur site des Réserves communes des musées de Strasbourg n’a pas pu se dérouler, ni celle des expositions des musées strasbourgeois, malheureusement. Cela vous sera proposé au plus vite, nous nous y sommes engagés, dès que le COVID nous laissera libre de nous déplacer !

L’ Assemblée générale statutaire s’est tenue, dans les meilleures conditions possibles par temps de pandémie :  nos membres ont pu prendre connaissance du rapport moral, du rapport financier et de nos projections. Vous avez été nombreux à participer à la séance virtuelle et à voter, plus que d’habitude, même. Merci de votre soutien !

Il était important que cette Assemblée générale mobilise de nombreux adhérents, c’est le moment où sont présentés les projets et les budgets d’ICOM France pour l’année suivante et votre engagement est plus nécessaire que jamais. Le budget 2021 comporte beaucoup d’interrogations, car nombre d’entre vous sont en situation d’incertitude. Vous avez apprécié qu’ICOM France soit à vos côtés ; de chaque adhérent dépend notre capacité à être aussi proches dans les mois à venir. Vous êtes ICOM France et c’est à vous seuls que sont consacrées toutes nos ressources. Votre adhésion à l’association est la garantie que nous pourrons continuer à vous accompagner. Nouveauté cette année, vous pouvez vous payer votre ré-adhésion en ligne. N’hésitez pas à nous contacter si vous rencontrez des difficultés.

Être membre d’ICOM, c’est aussi pouvoir participer activement à l’un ou à plusieurs des comités internationaux de l‘organisation. Réseaux privilégiés entre membres exerçant le même métier ou au sein d’un même domaine muséal, les comités internationaux sont des organes extrêmement vivants, où les membres se retrouvent en grande proximité. La présence de membres français y est croissante, de même que leur prise de responsabilités au sein des boards. C’est le signe de l’intérêt grandissant de nos membres pour les enjeux internationaux des musées.

Nous allons, en vue de soutenir cet intérêt, lancer une action forte pour être davantage présents sur les réseaux sociaux et ainsi plus visibles dans notre réseau international. Toutes vos suggestions sont bienvenues. Nous sommes déjà prêts à relayer toutes vos initiatives et n’hésitez pas à diffuser les nôtres.

Aujourd’hui, dans leurs musées à nouveau clos, face à des expositions brutalement interrompues - sans qu’on sache vraiment jusqu’à quand -, avec des moyens diminués - sans qu’on sache vraiment jusqu’où - , les professionnels à distance inventent quotidiennement de nouvelles « offres » pour les publics, les publient, valorisent les collections … Quel courage, mais aussi que d’anxiété ! Les musées avaient, pendant le déconfinement, respecté sans faille les préconisations sanitaires et les jauges, contribué à inciter la population au respect des gestes, démontrant ainsi la part qu’ils pouvaient prendre pour combattre la pandémie. Le soutien public et celui du ministère de la culture sont réels, mais l‘inquiétude des musées rejoint celle de tous les acteurs culturels. Leurs missions sont essentielles pour se remettre d’un tel choc et pour penser le vivre ensemble de demain.

Vous pouvez compter sur nous pour porter ce message.