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Dialogues franco-allemands des musées de sciences

Sep 09

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Médiation et communication scientifique.
Perspectives dans le domaine de la formation.
Apprendre au musée.


Dialogues franco-allemands des musées de sciences. 3èmes Rencontres.
Berlin, 14 - 16 octobre 2007

Après Munich (Deutsches Museum, 2003) et Dijon (Université de Bourgogne, 2005), la 3ème édition des rencontres franco-allemandes de professionnels de musées de sciences s’est déroulée à Berlin, au Deutsches Technikmuseum, du 14 au 16 octobre 2007.
Initiés par le Haut Conseil culturel franco-allemand et précédemment mis en œuvre par l’OCIM (Office de Coopération et d’Information Muséographiques), ces Dialogues franco-allemands ont été organisés par ICOM Allemagne et par ICOM France avec, à Berlin, le Deutsches Technikmuseum. La poursuite de cette initiative a montré que la coopération culturelle entre nos deux pays correspondait à un besoin profond, de même l’attention portée à la langue du partenaire. La traduction simultanée a permis à chacun de s’exprimer dans sa langue mais aussi de promouvoir l’écoute et l’apprentissage de l’autre langue. Bien entendu, la relation culturelle franco-allemande n’exclut pas d’autres formes de coopération, mais elle a sa vie propre et le succès de ces troisièmes rencontres en est un signe fort. C’est pourquoi l’Ambassade de France à Berlin a souhaité s’engager auprès des organisateurs et partenaires allemands. Nous remercions tous les partenaires pour leur soutien indispensable et pour l’intérêt qu’ils portent aux thèmes des Rencontres. Y a-t-il une spécificité du musée de sciences ? A travers les communications et les échanges de ces deux journées orientés sur la transmission du savoir dans les musées ainsi que sur l’éducation par et pour le musée, plusieurs faits sont apparus.Les débats ont montré tout d’abord une profonde transformation du panorama classique des musées de sciences dans nos deux pays. La distinction entre le « musée/objet » fondé sur une collection, le « musée-idée » reposant sur un parcours et des expériences, le « musée social » préoccupé davantage par les rapports entre sciences et société, se révèle non pertinente aujourd’hui. Le musée de sciences est profondément multidisciplinaire, attaché à la mise en valeur d’un patrimoine matériel et immatériel, ouvert à toutes les formes de responsabilité sociale, celle du chercheur-citoyen comme celle des visiteurs pour qui le musée est un lieu de référence plus reconnu que l’école ou que les autres modes d’information et de transmission des savoirs (presse, télévision, Internet).De même les anciennes catégories (musée de sciences naturelles, musée technique et industriel, science center, musée d’ethnographie) ont fait place à une conception du musée « global » où la relation arts/sciences/nature est souvent au cœur du projet scientifique et culturel (un bon exemple de ce musée « global » est le nouveau musée des sciences de Barcelone, CosmoCaixa créé par le physicien Jorge Wagensberg). Cette approche globale peut s’exprimer par la réalisation d’une exposition permanente de synthèse et de référence (projet Musée des Confluences à Lyon) ou par la juxtaposition dans un même lieu de différents types de musée (Les Champs libres à Rennes, nouvel équipement culturel qui réunit le Musée de Bretagne, l’Espace des sciences et la Bibliothèque de Rennes). Ce nouveau modèle de musée fait appel à toutes sortes de techniques muséographiques (objets sous vitrines, animés ou non, audiovisuel, mise en spectacle, présence du vivant, nouvelles pratiques numériques) mais l’important est de préserver ou de renforcer la singularité d’un lieu, d’une collection, d’un parcours en faisant de l’émotion partagée le premier vecteur d’une curiosité nouvelle. Ainsi, les parcours seront davantage mémorisés et cette « mémoire de la visite » est le vrai critère du succès d’une présentation, d’un musée nouveau ou rénové.L’architecture du musée est aussi au cœur de débats qui rappellent l’importance du lieu, de la collection, dans certains cas du territoire ou de la ville que le musée contribue à « fabriquer ». Ainsi Phaeno construit par Zaha Hadid à Wolfsburg est un bon exemple des liens tissés entre l’architecture et le quotidien du musée, non seulement pour les visiteurs, mais aussi pour les habitants et bien sûr pour les professionnels qui ont en charge le mode d’existence de ce nouveau centre de sciences. Les débats ont également permis la confrontation des différents rôles du musée de sciences : conserver, éduquer, chercher, communiquer. Les tâches sont multiples, et les attentes des visiteurs variées et précises.Ainsi les métiers des musées ont du évoluer et les modes de formation des professionnels également. A cet égard, de nombreuses différences existent entre la France et l’Allemagne. En particulier, le statut du volontariat qui existe en Allemagne est mal défini en France ; par contre les carrières des « conservateurs » et des « restaurateurs » dans les musées de France se déroulent dans un cadre mieux défini, par filières et par type d’établissements. La France et l’Allemagne participent à l’élaboration d’un référentiel des professions muséales conduit par l’ICTOP, le Comité international de l’ICOM pour la formation des personnels. Les échanges de professionnels entre nos deux pays devraient être facilités par l’adoption de ce référentiel commun qui devrait pouvoir être appliqué à tous les types de musées. La primauté au musée du projet scientifique et culturel reste cependant une affirmation essentielle. Si l’on définit la culture comme le partage d’un ensemble de traditions vivantes, la science a plus que jamais sa place dans ce partage et dans le projet culturel de nos musées. Au moment où s’opposent les défenseurs d’une « science citoyenne » et les tenants d’une « marchandisation de la science », il importe que l’action culturelle des musées soit bien orientée au service de nos sociétés et de leur développement. A cet égard, de nombreuses initiatives peuvent être conduites dans un cadre franco-allemand, en France et en Allemagne mais aussi, conjointement,  dans d’autres parties du monde. La poursuite des Dialogues franco-allemands de professionnels des musées de sciences trouve ici sa pleine justification. C’est dans cette perspective, et avec le concours constant de jeunes professionnels, que seront préparées les prochaines Rencontres qui devraient avoir lieu à Paris, à l’automne 2009. La Cité nationale de l’histoire de l’immigration à Paris et le Deutsches Historisches Museum à Berlin seront associés à cette réflexion. Ces deux institutions réalisent en ce moment une exposition qui témoigne de l’importance de la relation franco-allemande dans l’histoire et dans l’avenir des migrations ainsi qu’au niveau de la construction européenne.Dans ses différents statuts (universitaire, associatif, national, régional, local) et sous ses différentes formes (collections d’étude, centre de culture scientifique et technique, musée pour enfants, etc.), le musée de sciences reste, pour tous les publics, le ferment actif d’une culture partagée dans lequel les sciences et les techniques ont toute leur place. Ses expositions illustrent l’aventure de la connaissance qui définit l’homme. Les débats sur les questions de sciences au musée permettent l’exercice d’une pratique citoyenne dont nos sociétés constatent au quotidien l’impérieuse nécessité. Face à ces enjeux, les professionnels des musées ressentent toujours davantage le besoin de confronter leurs expériences, leurs doutes, leurs ambitions. En permettant de tels échanges, ces Rencontres de Berlin ont été un moment précieux qui nous permettra d’enrichir nos pratiques et notre réflexion pour mieux remplir le rôle de développement culturel et de transmission de savoirs partagés qui est au cœur de notre mission.

Dominique Ferriot
Présidente d’ICOM-France